Un portrait du V ° Dalaï-Lama

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Le V ° Dalaï Lama

Tibet 1682 - 1683

Terre 16 x 14,5 x 12 cm

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Le personnage est identifié par l'inscription portée au dos.

Chose rare dans le domaine des objets tibétains, sa provenance est connue.

Cette statuette avait été offerte vers 1920 à David Macdonald, (agent commercial à Gyantsé pendant une quinzaine d'années) par le Xlll° Dalaï-Lama.

Elle a été publiée et étudiée en 1977 par Madame Ariane Macdonald avec la collaboration de Dvags-po Rinpoché, et Yon-tan rgya-mtsho.  Au delà de ses indéniables qualités plastiques, l'intérêt de cette sculpture est en grande partie lié à la personnalité du sujet, et aux circonstances très particulières ayant conduit à son érection.

Elle a également été reproduite au catalogue de l'exposition "Rituels Tibétains - Visons secrètes du V° DalaÏ-Lama " qui s'est tenue au Musée Guimet (Paris)du 5 novembre 2002 au 24 février 2003.

 

 

 

Le futur V° Dalaï-Lama naquit en 1617 dans la famille des ducs de 'Phyong-rgyas, berceau de l'ancienne monarchie tibétaine, en milieu Nyingmapa. Ce début du XVII° siècle était une période troublée pour le Tibet, divisé par les rivalités religieuses, et les luttes politiques.

De par sa naissance, et les circonstances politiques du moment, l'enfant était destiné à un brillant avenir. Il reçut son premier nom du célèbre maître Jonangpa, Taranatha. On crut un temps reconnaître en lui la réincarnation du Karmapa, puis du "Grand maître" de l'école Drukpa-Kagyupa, avant que non sans difficultés, il finisse par être admis comme réincarnation du IV° Tulku du dGa'-ldan pho-brang, l'un des palais monastiques du monastère de Drépung (un des trois grands centres Gelukpa des environs de Lhasa).

 
 

 Il est donc clair que l'enfant s'est trouvé au coeur de la perpétuelle lutte d'influence opposant les Kagyupa, et les Gelukpa, l'avantage pris par ces derniers devant alors devenir décisif.

Le jeune tulku, intronisé en 1622 allait devenir un des plus grands hommes d'état du Tibet, et son action devait marquer jusqu'à nos jours la politique, les arts, les lettres, et la religion du "pays des Neiges". En 1642, il fonda le système de gouvernement tibétain tel qu'il devait rester jusqu'en 1959. Ce gouvernement prit le nom du palais monastique du Dalaï-Lama : dGa'-ldan pho- brang.

 La création de ce gouvernement mettait fin à des années de trouble, en unifiant le Tibet sous la triple autorité du prince mongol Guçri Khan qui pour l'aide apportée aux Gelukpa recevait le titre de "Roi du Tibet", du Dalaï-Lama, et de son intendant, Bsod-nams chos-'phel, qui en devenait le 1° régent (sde-srid).
 

De par ses origines, il devait devenir une figure charismatique pour les Nyingmapa, et les Gelukpa. En tant que dirigeant du Tibet, un de ses premiers soucis fut de ne pas paraître trop lié aux Gelukpa, et c'est certainement pour cela que dans une volonté d'unité nationale autour de sa personne et des institutions mises en place par lui, qu'il décida en 1645 la construction du Potala à lhasa, sur l'emplacement de l'ancien palais du grand roi Songtsen gampo, auquel les légendes attribuent l'introduction du bouddhisme au Tibet. Par la même occasion, cela lui donnait la possibilité de quitter le monastère de Drépung. Durant quarante ans, ce gouvernement devait fonctionner parfaitement, et asseoir son autorité sur le pays.

 Le quatrième jour du premier mois de 1682, le maître Nyingmapa Padma 'phrin-las adressait un message au régent Sangs-rgyas rgya-mtsho, au Potala, faisant état de mauvais présages perçus sur son "disciple et maître", le V° Dalaï-Lama. Il préconisait avec insistance d'accomplir certains rites pour sa santé, ainsi qu'une retraite. Onze jours plus tard, suivant les prescriptions de son "disciple et maître", le "Grand Cinquième" entrait officiellement en réclusion. Cette retraite devait ultérieurement permettre de cacher son décès aux yeux de presque tous, et principalement de l'empereur de Chine.

 
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Le vingt-cinquième jour du deuxième mois, le Dalaï-Lama sentant sa fin très proche, fit venir le régent, lui demanda de cacher sa mort, en l'assurant qu'il saurait reconnaître sa réincarnation. En cas de problèmes, lui et les ministres n'auraient qu'à consulter la déesse Lha-mo pour obtenir les réponses à leurs questions. Après une telle consultation, ils décidèrent de garder le secret jusqu'a l'avènement du successeur. La seule personne extérieure informée, fut Gter-bdag gling-pa (1646-1714), le célèbre découvreur de textes cachés, qui fut un des plus proches "maître et disciple" Nyingmapa du Dalaï-Lama. Le secret devait donc être gardé jusqu'à l'intronisation officielle de la Vl° incarnation, en 1697, pour permettre au gouvernement de se maintenir.

 Ce gouvernement pouvait fonctionner sans le Dalaï-Lama, mais en son nom, tant que l'empereur de Chine, et les dirigenats tibétains hostils aux Gelukpa n'étaient pas informés de son décès. Il était donc essentiel pour le régent Sangs-rgyas rgya-mtsho et ses partenaires de découvrir le plus rapidement possible le nouveau corps pris par leur maître et de faire la plus grande partie de son éducation en secret. C'est dans ce contexte très particulier que s'incrit notre terre cuite.

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 L'inscription portée au dos est partiellement effacée mais ce qu'il en reste permet d'en saisir clairement le sens. Ainsi d'après les trois éminents spécialistes sus nommés qui l'ont étudiée, les vers peuvent sensiblement être interprétés de la manière suivante : "Que par l'érection de cette statuette de Ngag-gi dbang-phyugblo-bzang rgya-mtsho, son affectionne soit pas dissociée de nous, et que sa réincarnation naisse rapidement". Cela permet donc de situer l'érection de cette sculpture entre la date du décès du V° Dalaï-Lama en 1682, et la reconaissance de sa réincarnation en Tshangs-dbyangs rgya-mtsho, à la fin de 1683. Cette statuette n'a pu être exécutée que par un des hauts dignitaires de l'état tibétain, et l'emploi de la terre comme matériau d'éxecution est certainement lié au fait qu'un bronzier ne pouvait être mis dans la confidence.

 Cette oeuvre constitue une création particulière, mélange de statuaire commémorative, et d'objet rituel. Lors de sa publication en 1977, une erreur typographique lui attribuait une hauteur de vingt centimètres, alors qu'elle n'en mesure que seize.

 Le Dalaï-Lama y est représenté assis sur des coussins, coiffé du classique bonnet de pandit. Il porte glissé dans sa ceinture un phur-bu, symbole de ses origines, et de ses amitiés Nyingmapa. Il est vrai que de son vivant, il a toujours marqué une certaine faveur pour cette école et ses membres, se retranchant aisément derrière le fait que les Dalaï-Lama sont considérés comme des émanations de Padmasambhava. Ce détail du phur-bu se retrouve sur deux autres statuettes du même personnage, l'une conservée au Muséum ofFine Arts de Boston (inv 50.3606), et l'autre au Musée Guinet (inv. M. G. 24.472).

 Dans son étude. Madame Macdonald fait une comparaison des plus judicieuses avec un autoportrait également en terre cuite, exécuté en 1630 par le Zhva-dmar Tulku. Les fortes similitudes entre les deux pièces, dénotent bien qu'au delà de l'évidence d'une tradition de sculpture de portraits de religieux au XVII° siècle, de hauts dignitaires étaient suffisament habiles pour exécuter de parfaites petites sculptures dans un matériau aisément maléable.

 Notre terre cuite a du servir de modèle à au moins deux éditions en bronze de portraits post-mortem du Dalaï-Lama.

 La première, dont un exemplaire est conservé dans la collection particulière, est proche en tous points de la terre cuite, si ce n'est un traitement plus sec, et moins détaillé. L'inscription a disparu pour ne plus laisser la place qu'au nom du personnage. Cette édition a du voir le jour entre l'annonce officielle du décès du "Grand Cinquième", en 1697, et la disparition du Vl° Dalaï-Lama en 1705.

 La seconde édition est également à peu près identique, mais sur tous les spécimen connus, dont un fut exposé à Paris en 1977 (n°287), le phur-bu a disparu. Il est clair que la première édition faisait référence directe à la terre cuite, alors que la seconde n'est qu'une réplique expurgée de la précédente, signe évident d'une répression anti Nyingmapa. Cette deuxième série d'objets a vraisemblablement commencé à voir le jour après 1750, date à laquelle bsKal-bzang rgya-mtsho, Vïï° Dalaï-Lama recouvrait le pouvoir temporel de sa V° incarnation, après les échecs successifs de trois gouvernements civils soutenus par l'empereur de Chine.

 Cet exemple démontre bien la réalité de la notion fréquemment mise en avant , par G. Béguin en 1977 lors de l'exposition "Dieux et Démons de l'Himalaya", de répliques plus ou moins tardives d'originaux antérieurs.

 

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textes & images (c) marie-catherine daffos & jean-luc estournel /aaoarts.com 1997 / 2014 ..
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