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Un portrait
de rGod-tsid-pa he-ru-ka
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rGod-tsid-pa he-ru-ka
alliage avec incrustations
de cuivre. h: 21 cm.
Tibet méridional
1507.
Si elle était
dépourvue d'inscription, cette sculpture serait classée comme
représentation d'un Mahasiddha, (ou grand accompli), du fait de la
quasi absence de vêtements, du chignon d'ascète, et de
la ceinture de médiation qui luit ceint la taille, et retient un genou.
La lecture de l'inscription
nous apporte trois informations importantes:
1) Les circonstances
ayant conduit à l'érection de la figure.
2) Le nom du personnage
représenté.
3) Le nom du donateur
et/ou artiste, rédacteur de l'inscription.
L'auteur de l'inscription
indique que la sculpture a été éxécutée
à l'occasion du décès de gTsang-smyon he-ru-ka. Ce dernier
est loin d'être un inconnu, et sa personnalité hors du commun
est un bon indicateur du milieu dans lequel cettesculpture a vu le jour.
gTsang-smyon, ou
le fou du Tsang, fut une des figures phares du mouvement smyon-pa. Les smyon-pa
pourraient être considérés comme des yogi par excellence,
qui abandon nent toutes les conventions, et se laissent aller à toutes
les excentricités, acceptant l'existence sous toutes ses formes,pour
mieux s'en détacher totalement. Ce phénomène smyon pa
fleurit au Tibet au XV° siècle, époque de réformes
religieuses, et de systématisation doctrinale. Le but était
de marquer une opposition aux Gelukpa et à la réforme de Tsongkhapa,
le tout en tentant de remotiver les Kagyupa, contre les lignées héréditaires,
et en faveur de la simple transmission de maître à disciple.
Cette dernière aurait dû aller à l'encontre de la formation
même de l'école Kagyupa, et explique en même temps ses
nombreuses scissions. Ce mouvement constituera donc une tentative de ranimer
la tradition des premiers maîtres, dont le plus célèbre
fut Milarépa. Les deux figures les plus marquantes de cette réaction,
furent gTsang-smyon, (1452-1507), et 'Brug-smyon kun-dga' legs-pa, (1455-1529),
plus connu sous le nom de Drukpa kunlegs.
gTsang-smyon était
membre de la lignée Ras-chung des Kagyupa, aujourd'hui éteinte.
Il est principalement resté dans l'histoire pour sa rédaction
en 1484, de la biographie de Milarépa, considérée comme
un des plus grands chefs-d'oeuvre de la littérature tibétaine.
Si gTsang-smyon est décédé en 1507, notre sculpture peut
donc être datée de cette même année.
Le personnage représenté,
est nommé rGod-tsid-pa, auquel est joint hé-ru-ka, puisqu'il
est figuré portant le costume symbolique de He-ru-ka, (Samvara), le
corps couvert de cendres paré d'ornements exécutés en
os humain, et tenant une calotte crânienne dans la main gauche, témoignage
extérieur de sa haute initiation dans le Samvara-Tantra. |
Une statuette du même
personnage, peut-être un peu plus tardive, est conservée dans
la collection Essen (inv.8601. vol.IIn°173.). Sur celle ci, l'inscriptionle
désigne comme rGod-bya- gtang ras-chen, variante du nom sous le lequel
il sera le plus connu, à savoir rGod-tshan ras-pa sna-tshogs ran-grol.
On n'a que très peu d'informations sur lui, si ce n'est qu'il est l'auteur
de la principale biographie de son maître, Grub cten gtsang he-ru-ka
(gTsang-smyon), dont il devint un des sept principaux disciples vers 1503-1504,
et qu'il a laissé plusieurs ouvrages de la lignée Ras-chung
Kagyupa. Selon L. Chandra qui a étudié son oeuvre, rGod-tshan
ras-pa se ferait remarquer par son dédain des conventions littéraires
tibétaines, du style, et de l'orthographe. Il faut certainement voir
en celà, une m anifestation volontaire du principe smyon-pa de folie,
de marginalité, et d'anti-conformisme.
Au delà de
la personnalité du portraituré, il est intéressant de
noter, que nous sommes ici en présence d'une oeuvre éxécutée
du vivant du sujet, ce qui est relativement exceptionnel dans l'art tibêtain.
Si les sourcils froncés, et les yeux légèrement exhorbités
essaient de marquer l'aspect courroucé allant de pair avec l'épithéte
he-ru-ka, le nez, la bouche, les oreilles, et les boucles de cheveux sur les
tempes pourraient bien être des détails anatomiques appartenant
réellement à rGod-tshan-pa lui même.
Ce portrait présente
de nombreuses analogies avec plusieurs représentations de gTsang-smyon,
(une étant passée sur le marché Londonien en 1981),
mais principalement avec un bronze publié par D. I. Lauf dont la dimension
n'est malheureusement pas indiquée. Les deux pièces ont en
effet de nombreux points communs, notament dans la structure générale
du socle, le traitement de la peau animale qui le recouvre, le décor
de la ceinture de méditation et du pagne, et le visage un peu rond.
Ces similitudes peuvent laisser supposer que (si les deux oeuvres ne sont
pas de la même main), celle publiée par D. I. Lauf pourrait
être l'assez fidèle réplique d'une pièce éxécutée
en même temps et par le même artiste que la nôtre.
L'inscription nous
informe enfin que la statuette aurait été érigée
par un dénomé Chos-kyi 'od-zer. Il n'est pas aisé de
déterminer si ce dernier a été le sculpteur ou le commanditaire
de la pièce. Il n'est pas impossible qu'il ait été les
deux à la fois Le seul Chos-kyi tod-zer contemporain de cette statuette
dont on retrouve une trace, est un moine dont nous ne savons quasiment rien,
mais qui selon le Professeur Tucci, a dû être suffisament important
pour obtenir de l'empereur de Chine, en 1510, un des titres de Fawang ou
"rois du dharma".
Peut être
s'agit-il d'un des multiples noms peu répandus d'un personnage plus
connu, qui admiratif de gTsang-smyon et de ses enseignements, mais ne pouvant
peut-être pas l'affirmer haut et fort pour des raisons religieuses
évidentes, se serait camouflé derrière un des ses "noms
secrets". Il est à souhaiter que des dépouillements de textes
à venir apportent bientôt une solution à cette énigme,
nous permettant enfin de savoir si ce Chos-kyi 'od-zer peut être le
donateur de cette sculpture.
Quoi qu'il en soit,
vu ses grandes qualités plastiques, et surtout si comme on peut le
supposer, cette oeuvre faisait partie d'une série autour de gTsang-smyon,
elle n'a pu voir le jour que dans un certain milieu, suffisament versé
dans la religion pour apprécier le mouvement smyon-pa, et suffisament
aisé pour s'offir les services d'un artiste de talent. |
photographies : (c) H.
Dubois / archives galerie Daffos-Estournel
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| Textes & images (C) Marie-Catherine
Daffos & Jean-Luc Estournel 1997 - 2007 |
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