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AIGLE BLANC

page créée le; 20 octobre 2001

L'AIGLE BLANC 
Encre et peinture sur soie. 54 x 150 cm
Réplique ancienne d'une peinture originale de l'empereur Song Huizong
(1101.r.1119-1126)
1428 (?)

Cette belle peinture présente comme unique sujet un aigle blanc des neiges montrant le dos, la tête tournée vers la droite, le bec entrouvert, lí oeil vif et doré, la pupille noire. Elégant et finement dessiné, il est paré de sa ìrobe d'hiverî. Il se dresse sur un perchoir vermillon, orné de dragons et de nuages. L'arrière-plan est totalement dépourvu de dessins et de couleur, soulignant la silhouette et le plumage de l'oiseau. Il est entouré de cinq éléments calligraphiques distincts et de plusieurs sceaux en vermillon.

150 / 200 000 F
Nous tenons à remercier ici mesdames Heather Stoddard et Lucie Rault qui malgré le trop bref délai  qui leur a été accordé compte tenu des impératifs du catalogue, ont accepté de lire et commenter pour nous les diverses inscriptions portées sur ce rouleau.

Parmi les dates et les dynasties évoquées dans les textes, la plus ancienne, 1121 A.D. est la date proposée pour l'exécution de la peinture originelle, par l'empereur Song Huizong, à partir de laquelle cette copie ancienne aurait été faite. La date la plus récente serait une année du Tigre de Fer, pendant la dynastie des Qing (1644-1911), dans un commentaire porté sur la marge gauche, discutant le style de peinture de Huizong, en évoquant son intérêt pour les aigles.

1) 
1121 A.D. 
L'inscription au-dessus de l'aigle est très simple. Elle imite le style de calligraphie de l'empereur Huizong. À droite la date est donnée: le 22e jour du 7e mois de la deuxième année du règne Xuanhe (1121). Au milieu un sceau en vermillon est peint à la main avec une signature dessinée par-dessus, imitant celle de l'empereur. À gauche, deux autres caractères signifient : "le pinceau impérial".

La calligraphie de Song Huizong est bien connue et très distinctive. Nerveuse, tendue et pleine d'énergie, elle est en même temps hautement contrôlée et équilibrée. Beaucoup de copistes ont essayé de l'imiter.
Cependant, et malgré la finesse des traits qui se rapprochent du style de l'empereur, le calligraphe de cette peinture ne possède ni l'énergie vitale, ni la dynamique interne parfaitement maîtrisée de Huizong. La peinture de l'aigle est très fine, et fondée sur une observation minutieuse de l'oiseau. Elle semble moins légère que les autres oiseaux  attribués à sa main. On dit pourtant qu'il est difficile de discerner la différence entre les peintures authentiques de l'empereur, et les nombreux exemples en provenance de son école et de ses proches, dont son second fils, le prince Yun.
La date de 1121, juste cinq ans avant cet événement tragique, se situe au début de son règne alors quíil níétait agé que de vingt ans. Ces détails rendent la peinture particulièrement émouvante, et très intéressante d'un point de vue historique. 

2) 
1428 A.D
L'inscription immédiatement au-dessus de la peinture, est également très lisible, en écriture zhengshu. 
Elle donne l'historique de la peinture, évoquant ses différents propriétaires, les convoitises quíelle a suscitées, ses péripéties en "Mongolie", où elle semble avoir été récupérée par le premier empereur des Ming, Taizu Gao Huangdi, lors díune mission . 
La peinture entre enfin dans la collection du "Ministre du Cabinet" (ge chen), Yang Pu, pendant le deuxième mois de printemps de la deuxième année du règne de Xuande (1426-1436), c'est-à-dire en 1428. 
Le sceau personnel avec une signature dessus, est peut-être celui du ministre Yang Pu. 
Cette partie du rouleau est sans doute la plus importante car elle semble être authentique. 
Dans ce cas elle apporterait un ìterminus post quemî pour líexécution de cette peinture. 
Il n'est cependant pas impossible que la peinture elle même puisse remonter à une période plus proche de Huizong et de son entourage de peintres naturalistes.


 
 
Les autres personnes mentionnées dans cette inscription sont des membres de familles impériales, des Song, des Ming,et des Jin ou Khitan:

- Song Huizong (1119 r.1101-1126)
- Taizu Gao huangdi, le premier empereur des Ming (1368-1399).
- (Khitan = Jin) Shizong (1161-1190)
- la princesse (fille de?) Huizong, Huizong Gongzhu.
- (Khitan = Jin) Zhangzong (1190-1209), successeur de Shizong.

Líévocation des "barbares" Khitan qui régnaient sur les territoires au nord de la Chine, avant la montée en puissance des Mongols renvoie à la vie de l'empereur Huizong lui-même, dernier empereur des Song du Nord, qui fut capturé par les Khitan en 1126, avant de mourir peu de temps après. 

3) 
Au-dessus, encore, se trouve une autre inscription très simple composée de trois séries de caractères : 1) Da Ming An Zhishao/zhao(?). Il s'agit peut-être du nom, soit du général mentionné au milieu: 2) Yong Jiangjun, soit de son armée. À gauche:  3) Baozang (le général) a thésaurisé (la peinture). 

4) 
La quatrième inscription se trouve à droite de la peinture, sur la bordure. Elle se compose de deux lignes verticales, en écriture courante, difficile à déchiffrer. Il s'agit d'un poème sur le sujet de la peinture, l'aigle blanc dans sa robe de neige. Aucune date n'est donnée, mais un sceau y est apposé. Deux autres sont  également apposés du même côté en bas de la peinture.

5) 
La cinquième inscription se trouve sur la bordure à gauche, en trois lignes verticales. Elle est écrite également en style courant très souple et rapide, par une autre main. Une première lecture indique que l'auteur, sans doute un collectionneur connu de la dynastie des Qing (voir son sceau), décrit l'art de Huizong, son style, ses goûts, les circonstances historiques de l'exécution de la peinture. D'autres sceaux en vermillon se trouvent en bas de cette inscription. Une date figure au milieu de la troisième ligne. Il semble indiquer l'année du Tigre de Fer.

Ces observations sont de premier abord. Plus de recherches seraient  nécessaires pour parfaitement comprendre l'ensemble des inscriptions. Il faudrait étudier en profondeur l'arrière-plan historique et stylistique de la peinture, ainsi que les divers sceaux. Le déchiffrage des deux textes sur les bordures apportera d'autres renseignements précieux sur cette belle peinture naturaliste de l'école de Huizong.

Heather Stoddard,& Lucie Rault.
Paris, le 24.9.2001.

Mme. Vandier-Nicolas, dans Peinture Chinoise et Tradition Lettrée, Seuil 1983, 130-136, décrit l'art de Huizong. Elle évoque ses goûts : "Huizong aimait la peinture de fleurs, d'oiseaux et d'animaux. Il la voulait aussi précise que l'aurait souhaité un naturaliste. À l'époque, se manifestait un intérêt nouveau pour les sciences et pour les sciences de la nature en particulier. Le souci d'observation exacte trouvait sa justification dans le Shijing....Il cherchait le symbole au-delà, le contenu réel....La peinture des fleurs et des oiseaux avait eu la faveur de l'Académie tout au long du XIème siècle....Huizong peignait en couleur sur soie dans la tradition de Huang Jucai, à la manière "sans os".

 
 
 

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