Vaudou: Collection J.J.Mandel



 
Collection Jean-Jacques Mandel

Jean-Jacques Mandel est anthropologue de formation. 
Il a collaboré comme photographe et grand reporter au groupe Marie-Claire tout en menant des études sociologiques en Afrique.
Il fut rédacteur au service culture de "Libération" avant d'y prendre la direction du service société-mode de vie.
Son parcours l'a conduit ensuite à assurer diverses responsabilités dans le monde de la presse, comme Chef de l'éditorial chez Magnum, ou rédacteur en chef de Contact Press Images.
Il s'intéresse aux mouvements noirs aux Etats-Unis et oriente une partie de son travail vers les courants afro-centristes nés de diasporas.
GEO a publié ses reportages sur le Mali, les Etats-Unis, et en Octobre 2000, son enquête sur les descendants d'esclaves en Colombie.
Sa collection était le fruit de plus de vingt ans de voyages et de découvertes.

Elle a été dispersée par Maître Cornette de Saint Cyr en décembre 2001


Voyage en Voodooland

Le vaudou est un pays qui se joue des frontières. Un génial bricolage culturel. Il a été, et restera, comme l'inaltérable et définitive réponse « naturelle » de la culture du Sud à la tentation du Village Global. Une parade spirituelle à la mondialisation commercialo-civilisatrice imposée de force, depuis cinq siècles par le Nord esclavagiste. C'est le refus de disneylandisation du monde. Le vaudou est moderne, mieux il est high-tech : c'est Internet avant l'heure. De panthéon personnel à panthéon personnel, il communique en tissant un patchwork relationnel entre les continents. Une grande Toile qui relie Cotonou (Bénin) à Salvador de Bahia (Brésil), Accra (Ghana) à Buenaventura (Colombie), Luanda (Angola)  à Port au Prince (Haiti), Lagos (Nigeria) à Régla (Cuba) `

Le vaudou est un Etat magico-religieux, dirigé par une bureaucratie céleste. Un Etat idéal, sorte de démocratie présocratique, dans lequel si on doit les craindre, les dieux n'en restent pas moins au service des vivants.

Les fétiches sont l'expression de ces divinités, la matérialisation de leurs corps. Des corps à l'image de celui des hommes. C'est pourquoi quand les dieux ont faim il faut les nourrir, de lampées de gin ou de schnaps ; quand ils sont en colère, il est urgent de les calmer par des ordalies ! Le vaudou est une langue qui exprime crûment le quotidien, un peu comme la carte de visite d'un marabout exilé dans une mégalopole européenne : retour d'affection, troubles sexuels, chance au jeu, réussite aux examens, protections des voleurs.
 

La géographie du vaudou est celle de líintime et son territoire celui des relations humaines. Des hommes entre eux, certes, mais surtout de leur rapport avec le Cosmos. Les fétiches sont gardés par des « vieux papas », dans líombre des bois sacrés. Des prêtres, état-major de la police des frontières entre le Visible et líInvisible. Des passeurs qui font le va-et-vient entre le monde des vivants et celui des morts. Voyager en terre vaudoue ? Cíest entamer, à líaveuglette, un long périple en zig-zags sur les traces de Gulliver, accepter le retour en enfance, dans les pas díune Alice noire. Un grand plongeon au plus profond de notre inconscient. A líorigine des rêves et des mythes. Un rendez-vous au Pays des Merveilles.

Le vaudou est une mémoire qui nía rien gommé du trauma originel qui fonde toujours líAfrique moderne : la « Shoa » de la traite des esclaves. Mémoire juive, mémoire nègre ! Et si le navire négrier est souvent présent, revisité dans la navette du tisserand, cíest que la tradition orale continue à tisser inlassablement les fils de la parole de ce douloureux souvenir. Plus jamais ca ! Si par mégarde líincrédule venait à líoublier, la multitude de chaînes et de cadenas, couverts du sang des libations de victimes expiatoires, aura vite fait de rappeler à líordre líincrédule.

Le vaudou est líinventeur du « ready-made ». Ce sont ses esprits qui ont chevauché Duchamp et Picasso. Ces même « loas » qui ont guidé la main díHector Hyppolite, le peintre-paysan illuminé célébré par André Breton et celles de Georges Liautaud, le Calder haïtien. Le ready-made vaudou níest pas un art modeste, cíest líexpression artistique des racines minimales, líempreinte de ce qui reste quand on a tout oublié. En devenant une  culture marrane le vaudou, qui  síest caché là où on ne líattends pas, ressort lorsquíon ne síy attend plus. Souvent autour díun autel ou díune table. Pour un festin avec les dieux. Le livre des fétiches renfermant les dernières recettes de cuisine magique.

Jean-Jacques Mandel


1 1 1
1
21 cm
vendu 3 500 F
2
4 cm
vendu 6 800 F
3
10 cm.
vendu 2 600 F
L'expression la plus intense et parfois aussi la plus complexe de la sculpture des possédés 
appartient à un art presqu'inconnu (on le connaîtra) celui des sculpteurs vodun du Dahomey... 
En face d'elle, l'irrationnel des autres arts devient logique.

André Malraux, "L'Intemporel", Gallimard 1976.

La collection Jean-Jacques Mandel présente entre autres un trés important ensemble de fétiches liés aux cultes Vaudou des peuples Fon, Yoruba, Nago, Ewe, du Togo, du Bénin, et du Nigeria. 
Lorsqu'ils ne sont pas trop recouverts de matières sacrificielles ou ne disparaissent pas sous les charges diverses, il est possible de distinguer les styles de sculpture propres à chaque ethnie, les faces plates bien coiffées des ewe, les visages caractéristiques de Yoruba, les traits fins et réguliers des Nago, et les visages Fon pouvant se regrouper en quelques écoles caractéristiques. 
La majorité n'étant malheureusement pas attribuable à une ethnie précise avec certitude, les fétiches seront décrits sans mention de provenance. Sauf indication contraire, ils sont en bois.

 


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Textes & images (C) Marie-Catherine Daffos & Jean-Luc Estournel 1997 - 2006